Translator interview: Stéphane Lévêque, Chinese-to-French translator of Fan Wen’s “Harmonious Land”

As those knowledgeable about Chinese literature in translation may have noted, one occasionally finds EuropeanStéphane Lévêque publishers—particularly in France—are willing to translate and publish Chinese fiction long before these “unknown” authors are “discovered” by the English-speaking world. Ethnic ChinaLit spoke recently with Stéphane Lévêque, who is busy translating Harmonious Land (水乳大地) into French, the first novel [May 2014 note: now published as Terre de lait et de miel] in a trilogy by author Fan Wen (范稳) set along the borders of Yunnan and Tibet:

Vous avez été choisi pour traduire «Harmonious Land » (水乳大地) en français, et le roman sera publié par Philippe Picquier. Vous avez déjà traduit pas mal de livres du chinois, par exemple, «Le Chant des regrets éternels »  (长恨歌) de Wang Anyi (王安忆), ainsi que quelques livres de Jimmy Liao (几米).  Est-ce correct?

Pour être plus précis, j’ai traduit quelques textes de Yu Dafu (郁达夫), y compris « Rivière d’automne », la biographie de Jin Xing (金星), une danseuse transsexuelle anciennement colonel dans l’APL, et deux romans de Wang Anyi, «Amour sur une colline dénudée » (荒山之恋) et « Le Chant des regrets éternels » (co-traduit avec Yvonne André). J’ai aussi traduit quelques livres pour enfants chez Picquier dans la série « Táoqì bāo mǎ xiǎo tiào xìliè » (淘气包马小跳系列) de Yang Hongying (杨红樱), et enfin plusieurs albums de Jimmy Liao que j’adore pour les éditions Bayard.

Combien de temps est-ce qu’il faudra pour bien traduire « Harmonious Land » ?Date de publication ?

Terrible question ! J’ai débuté voici plus d’un an et j’ai déjà traduit un tiers du texte. Mais comme je travaille aussi au Centre National d’Enseignement à Distance comme professeur de chinois, mon travail avance lentement. Je dois rendre mon manuscrit à l’éditeur pour septembre 2011 au plus tard et le roman paraîtra vraisemblablement en 2012, sans doute au printemps 2012.

Est-ce que vous trouvez les détails sur la culture naxi et tibétaine difficiles à comprendre, ou au moins, à rendre en français moderne?  Est-ce que vous êtes allé au Yunnan ou au Tibet pour vous y familiariser? Avez-vous consulté des ouvrages là-dessus?

Tous ces détails sur la vie des Naxi et des Tibétains sont très déroutants, souvent étranges, toujours passionnants. Traduire ce roman pose effectivement de vraies difficultés, car Fan Wen (范稳)mélange descriptions de paysages, éléments culturels et dialogues. Dans l’ensemble, je ne peux pas dire que cela me semble difficile à comprendre, et si je ne comprends pas tel ou tel détail culturel ou religieux, je le demande à Fan Wen par email et il me répond toujours très vite.

Je travaille en deux temps. Je fais d’abord une première traduction pour extraire le texte chinois de sa gangue originelle. En général, quand je relis mon premier jet, je suis accablé par la laideur du style en français. Puis je récris dans un style le plus fluide et le plus agréable possible pour donner au lecteur français le sentiment que le texte a été écrit en bon français. Cela suppose un très gros travail de réécriture, tout en essayant au maximum de conserver le style de l’auteur qui adore faire de longues phrases descriptives. Quand il n’existe pas vraiment d’équivalent en français d’un mot ou d’une expression, j’essaie de trouver ce qui me semble une solution acceptable pour le lecteur français. Et souvent, j’ajoute des notes de bas de page pour informer le lecteur de tel ou tel détail culturel ou religieux. C’est un travail passionnant et compliqué qui exige beaucoup d’humilité.

Je me suis rendu sur les lieux du roman l’été dernier en août et j’ai rencontré Fan Wen à Kunming. On a fait connaissance et je dois avouer que cela m’a été une grande joie. C’est un homme érudit qui a l’esprit très vif, il est ouvert d’esprit et s’est montré un hôte d’une grande gentillesse. J’ai voulu voir la région où se passe le roman, car j’avais besoin que mes yeux contemplent la majesté du Kawa-karpo, les gorges du Mékong, les maisons, les couleurs, les odeurs, les êtres. Cela m’aide énormément d’avoir « vu » ces paysages décrits par l’auteur.

Bien entendu, au début, j’ai eu beaucoup de peine à traduire certains passages qui sont remplis de références bouddhiques. Alors j’ai acheté toute une panoplie de livres sur le bouddhisme, pour la plupart écrits par des grands spécialistes français. Notamment  (mais pas seulement) Philippe Cornu (Dictionnaire Encyclopédique du Bouddhisme, Seuil), un Dictionnaire de la sagesse orientale, des ouvrages sur l’enseignement du Bouddha, d’autres livres spécialisés sur le Tibet et le bouddhisme tibétain…Bref : ma bibliothèque s’est remplie de nouveaux livres que je consulte régulièrement. Bien entendu, je dispose aussi d’un dictionnaire des termes bouddhiques rédigés en chinois classique qui m’aide souvent! J’ai aussi acheté quelques livres d’art (de photographies) pour permettre à mes yeux de « voir » le Tibet si loin de moi. Dans les photographies, on trouve des petits détails qui permettent au traducteur de résoudre certaines difficultés. Et enfin, j’ai un ami, professeur de chinois classique à l’université, qui me conseille quand je le sollicite.

Comment voyez-vous cette œuvre de Fan Wen dans la littérature chinoise contemporaine?

Pour moi, c’est une œuvre nécessaire parce qu’elle offre sur la question tibétaine et le peuple Naxi un regard très respectueux. C’est un roman que je qualifierais de « généreux » dans le sens où l’auteur offre à ses lecteurs une œuvre ample et intelligemment construite. Certes, on sent une part d’érudition mais elle est accessible au plus grand nombre. Je crois que le point fort de ce roman est son profond humanisme. Fan Wen aime le Tibet, il aime aller à la rencontre des autres, il est curieux des êtres et cela se sent dans tout le roman. Je ne sais comment qualifier «Harmonious Land » dans le contexte de la littérature chinoise contemporaine, mais il me semble que l’intérêt de ce roman réside en sa subtile évocation d’un monde magique, loin du béton et de l’appât de l’argent. Il y a une dimension spirituelle que je trouve fascinante, même si je me sens très éloigné de cette civilisation. Fan Wen pose un regard humaniste et poétique sur l’humain. En cela, il est le digne descendant d’une certaine tradition chinoise.

Comments

  1. Hi Bruce
    Interesting interview; lets hope that his translation will be as brilliant as “The song of everlasting sorrow”.I am not such a fan of “Love on a barren mountain” but I must say that I enjoyed it more in French than the English translation by Eva Hung (Renditions 1991); but as a Frenchman I am probably prejudiced…

  2. Eleonora Nidi says:

    Hi Bruce. My name is Eleonora and I’m working for a publishing house (Random House Mondadori) in Barcelona Spain. I just received the manuscript of Fan Yan (大 地 雅 歌) and I’m wondering if you could do me a great favor. I urgently need the synopsis of the book to talk about it with my colleagues. I’ve already started the reading and I like it a lot but I’ve had some problems with the translation of the character’s names and it would be of great help to have some extra informations in order to ‘accelerate’ the process(a brief synopsis would be more than enough)
    I’ve been checking your web-site since I’ve started to look for chinese authors and you really do a great, incredible job.
    Thanks a lot
    eleonora

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